CES 2026: Tendances & Perspectives – L’ère de la rationalisation technologique
L’édition 2026 du CES – Consumer Electronics Show de Las Vegas a confirmé ce que beaucoup pressentaient déjà: l’intelligence artificielle n’est plus un gadget spectaculaire au seul profit d’effet d’annonce. Elle irradie désormais toutes les couches de l’innovation, et se décline sous deux formes structurantes, qui ont dominé cette édition, témoignant d’une rationalisation profonde des usages:
- l’IA physique (Physical AI), où les systèmes intelligents ne se contentent plus de raisonner mais agissent dans le monde réel ;
- l’IA embarquée, intégrée dans les objets du quotidien, les véhicules, les infrastructures, afin de produire des bénéfices concrets et mesurables.
Cette transition du pic d’attentes, nourri par une phase d’expérimentation souvent spectaculaire, vers un plateau de productivité et des usages stabilisés, tel qu’illustré entre autres par Le Hype Cycle de Gartner, résonne fortement avec les récentes discussions de l’épisode #TechTalk consacré à l’Observatoire suisse Data & IA et aux résultats consolidés en 2025 quant à la réalité de l’intégration de ces technologies au sein des PME suisses romandes.
Du «shadow AI» − cette IA «clandestine», utilisée individuellement par les employés, efficace à petite échelle, mais invisible pour l’organisation et risquée en matière de compliance − aux premiers prototypes, les résultats 2025 valident le passage à une phase d’intégration, plus structurée, tout en dessinant les prochains enjeux.
Maison intelligente: entre dernier terrain d’expérimentation & espace d’intégration pratique pour l’Edge AI
La maison connectée s’affirme autant comme un des derniers espace d’expression pour inventeur hyperactif et versatile, à l’instar de quelques innovations robotiques encore parfois fantaisistes, au mieux, peu convaincantes, au pire… que comme un écosystème cohérent dans lequel l’IA embarquée trouve ses marques faisant de l’habitat une infrastructure intelligente, capables de cartographier des environnements complexes, de piloter des systèmes énergétiques intelligents ou encore d’adapter ses consommation et production en temps réel.
Mobilité: du spectacle à l’invisible (mais utile)
Si les concept-cars spectaculaires ont longtemps servi de vitrine, 2026 révèle une autre dynamique: des constructeurs qui préfèrent mettre en avant leurs plateformes logicielles, leurs assistants vocaux avancés et des améliorations tangibles des systèmes d’aide à la conduite. Les nouveautés ne se jugent plus à la taille de l’écran central, mais à la stabilité de l’IA embarquée, à la gestion des données locales et aux capacités d’adaptation des systèmes. Une preuve supplémentaire que l’innovation automobile devient logicielle avant tout.
Cas pratique: BMW iDrive 10 doté d’un assistant vocal avancé, de la reconnaissance d’intentions, de mises à jour continues et de la compréhension contextuelle des gestes et du regard.
Santé digitale: un besoin structurel, une « obligation morale »
La santé digitale s’affirme comme l’un des piliers du salon. Objets biométriques, dispositifs cliniques domestiques, plateformes de diagnostic assisté: l’IA y joue un rôle de plus en plus central. Une réalité qui fait écho au nouvel épisode #TechTalk consacré au Pôle IA Santé du Campus Biotech. Nos 3 invités y pointent deux enjeux cruciaux pour la Suisse:
- un retard dans l’intégration de l’IA dans les pratiques médicales
- un système de santé sous tension qui doit se transformer.
Le mot d’ordre est clair: l’IA ne doit pas seulement être adoptée pour innover, mais parce qu’elle peut – et doit – améliorer l’efficience, la qualité des soins et l’expérience patient. Le CES montre que les outils existent: il appartient désormais aux systèmes de santé de s’en emparer.
Cas pratique: L’Oréal DermaTech Mask, masque LED doté d’une IA embarquée capable d’ajuster lumière et intensité selon l’état de la peau mesuré en temps réel (en attente de validation par la FDA – Food and Drug Administration).
Industrie & deep tech: l’IA physique entre dans l’usine
Dans les zones dédiées à l’industrie, le changement de paradigme est palpable. Le swisstech Pavilion a mis en avant des solutions suisses allant de la robotique de précision aux batteries solides, en passant par les interfaces cerveau-machine et la fabrication additive.
La robotique industrielle, autrefois cantonnée à des mouvements répétitifs, devient adaptative et autonome. Une tendance confirmée par Jensen Huang, patron de Nvidia, qui a ouvert sa keynote en déclarant :
«Toute l’industrie est en train d’être réinventée. L’ère ChatGPT pour l’IA physique est arrivée : les machines commencent à comprendre, à raisonner et à agir dans le monde réel.»
Le parallèle avec les observations de la mission Manufacture Thinking au Japon est frappant: les dark factories, ultra-automatisées et pilotées par IA, annonçaient déjà cette convergence entre IA logicielle et robotique physique. Le CES 2026 en présente désormais les déclinaisons mondiales.
Cas pratique: MetalPrinting expose une imprimante 3D métal de bureau (Gauss MT90) utilisant une extrusion de pâte métallique plus sûre et moins coûteuse que les poudres classiques, ouvrant la voie à une fabrication distribuée, y compris dans les PME.
Ce qui se joue en arrière-plan
L’open source gagne du terrain
Un mouvement discret mais significatif apparaît: Nvidia a publié un de ses modèles sur la plateforme Hugging Face, et Linux se retrouve omniprésent dans l’IoT, l’automobile et les téléviseurs. Cette ouverture progressive suggère une volonté d’accélérer l’innovation en favorisant les normes partagées.
Panne de mémoire vive, un risque structurel?
La demande explosive en DRAM et en NAND, liée aux datacenters IA, crée une tension mondiale. Plusieurs analystes anticipent une pénurie prolongée jusqu’en 2027–2028. Un contexte macro qui influence certains choix de conception.
Éthique & durabilité: la pression monte
Le CES consacre désormais des espaces dédiés à la sobriété énergétique des datacenters,, la réduction de l’empreinte carbone des appareils, des technologies d’optimisation de ressources (eau, énergie, déchets). Cette orientation signale que l’industrie n’ignore plus la pression politique et sociétale autour de la technologie responsable.